Samedi 9 septembre, 3h30 AM. Le réveil se fait avant le réveil-matin. J’ai très peu dormi et ce que j’ai dormi, j’ai mal dormi. Je sors du lit, mon pote Stéphane est déjà en train de s’habiller. Je me décolle les yeux, je feel moyen. Mon dedans (lire ici mon estomac) a l’air viré à l’envers (sérieux là, c’est pas le temps!!). Je m’habille, me couvre de « body glide » (j’ai eu beaucoup de difficulté avec la friction dans les dernières semaines d’entrainement), décide de mettre mes S-Lab Sense 6 (j’ai apporté 2 paires de chaussures… je ne savais pas quoi mettre, j’ai décidé cela à 3h45 samedi matin). Première erreur. Ces chaussures ne possèdent pas autant de grip que le modèle « Soft ground », ce qui aura une importance tantôt.Photo 17-09-09 04 43 45

On décolle pour le Mont Grand Fond vers 4h15. Je n’ai pas mangé, me disant que je vais manger dans l’autobus en route vers la ligne de départ. Je mets mon bagel dans mon sac, mais bordel, j’oublie la banane (erreur #2). Assise dans l’autobus, je me sens drôle, j’ai toujours le coeur sur la flotte. J’essai de manger mon bagel à petites bouchées, mais ça ne passe pas. Je n’ai jamais eu de mal avec les voyages en autobus mais là, Dieu sait pourquoi, ça marche pas. Au yable, je le finirai tantôt. Je m’accote la tête dans la fenêtre et je pense que je fais un dodo. On arrive au Parc des Hautes-Gorges.

L’attente jusqu’au départ de 7h est longue. La température est bien par exemple, pas trop froid malgré qu’il soit tôt. Il y a beaucoup de gens, tout le monde est fébrile (un coucou spécial à toi dont j’ignore le nom qui voulait faire parti de l’histoire, tu m’as fait mourir de rire!!!). Le décompte décolle, « départ dans 4 minutes ». Il me semble que le 4 minutes a passé en 30 secondes.

ET C’EST PARTI! On s’élance tous rapidement sur le chemin de gravelle qui longe la rivière. Je ralentie pour rejoindre Simon, avec qui je devais partager la course pour cause de blessure de la gazelle (et comme d’habitude, il est parti comme une gazelle plus tard!). On parcours ensemble les quelques km qui nous séparent du premier ravito. On va vite sur cette section, mais ça va, les jambes suivent, on s’amuse malgré le fond de mal de coeur. Premier ravito, je remplie mes bouteilles parce que le prochain ravito sera loin, LOIN. J’en profite pour prendre 2 bretzels (erreur #3).

On entre dans de magnifiques signe tracks. On longe la rivière, on monte un peu, on descend un peu. On se suit à la queuleuleu dans les sentiers et pour traverser les petits ponceaux de bois (qui ne me semblent pas trop solides). Je perd de la vitesse, j’ai mal au coeur. Je sors mes pôles en me disant que ça va m’aider. Je me fais dépasser, Simon poursuit son chemin comme un grand, je ralentie trop. Mes souliers glissent dans TOUTE la bouette qu’il y a partout (d’où l’erreur #1). J’ai l’impression de déraper, de courir dans la neige fraiche. Je me décourage, j’ai un discours intérieur négatif, « comment tu vas faire pour faire encore 55km si tu ne manges pas? », « comment tu vas faire pour faire encore 55km avec des nausées? ».

Et puis au yable, on va y aller « old school style », un pied devant l’autre, tranquillement en se reposant. C’est avec cette attitude là que je continue de me faire dépasser. Je partages quelques km avec une certaine Brigitte et un anglophone. Je me force à manger un Fruit2, ça passe. Je bois de l’eau, ça passe. MON MAL DE COEUR PASSE! L’énergie revient tranquillement (la magie des Fruit2 <3). La trail devient plus praticable, ça ressemble de moins en moins à des marécages. Il y a même de jolies points de vue que je n’avais pas remarqué l’année passée. Je gagne en vitesse, je reprend de l’assurance, je dépasse même quelques personnes. Et finalement, le deuxième ravito est devant moi.

Je mange une demie banane (finalement!!!) et des morceaux de patates. La magie opère, je suis comme neuve, à part que mes chaussures sont pleins de boue. Je remplie mes bouteilles et there we go pour 18,5km avant le troisième ravito.

Les km descendent étrangement rapidement sur cette section. Je suis en pleine forme. Segment de trail de 4roues, un peu long mais j’avance plus molo, je fais des intervalles en me disant que je dois me garder du gaz pour plus tard. J’ai rencontré un gars, le pauvre à brisé un de ses pôles. J’ai partagé presque la totalité de la fin de ce segment avec lui, un certain Alexandre, acteur de Montréal, charmant papa qui m’a parlé de sa femme, ses enfants et son travail. Assez divertissant pendant que l’on descend le chemin forestier à plus ou moins 5min15/km (on a oublié l’instant d’un moment qu’il nous en restait à peu près 33km, soit la moitié à courir encore!!). Retour en single track, je comprend (finalement) comment courir avec mes pôles et non pas juste m’en servir en montant. Je continue d’avancer, mais Alexandre tend à ralentir un peu, on aura l’occasion de se revoir au prochain ravito.

Ravito #3, j’arrive enfin. Les bénévoles sont encore tellement fins (ils l’ont été partout by the way). J’ai les souliers plein, je décide de prendre quelques secondes de plus pour les vider, je commence à avoir les pieds raides et douloureux. La fatigue se fait sentir, plusieurs sont assis et se repose, soit avant de repartir, soit en attendant le transport pour les ramener en bas. Je mange un peu, je remplie mes bouteilles, et chow bye, elle est partie.

Les segments seront maintenant plus courts entre les ravitos (on approche de la fin, hourra!). D’autres single tracks. Je me souviens de l’an dernier, c’est à partir de ce moment là que j’ai cessé de courir car mon genou me faisait mourir. Là, mon genou va bien, mes jambes vont bien, mais j’ai un maudit point au niveau de l’abdomen qui ne passe pas. Il a surtout le goût de s’intensifier le petit maudit. Je ralentie, je me sers de mes bâtons, je pense à ma coach Alex, je gaine mes abdos, je respire (j’essai par le ventre mais bordel mes abdos sont beaucoup trop raides!). Mes tendons d’Achille me font savoir qu’ils commencent à être tannés (la bonne nouvelle, c’est qu’ils volent le show à mes pieds, qui ne me font plus souffrir).

Je demeure focus. Nutrition (1/3 de Fruit2 au 20-30 minutes, j’ai même osé le Fruit3 rendu là), hydratation, bâtons, gainage, un pied devant l’autre, t’as pas mal, REPEAT. Je pense à mon pote Raph, qui a dû cesser au ravito suivant, juste avant la fameuse montagne Noire, à lequel j’arrive assez rapidement. Un bénévole m’appelle par mon nom et me dit de ne pas lâcher (si tu savais ce que tu m’as fait du bien toi!). Une autre vidange de souliers, une banane, une patate et un ti-bouillon de poulet et GO.

On attaque la montagne Noire, la dernière grosse montée avant la fin. Je garde mon pace, mes pôles m’aident beaucoup. Les descentes sont dures sur mes tendons et mes pieds. Mon point va et vient.Nutrition, hydratation, bâtons, gainage, un pied devant l’autre, t’as pas mal, REPEAT. Je suis dans ma tête, je suis concentrée, malgré la douleur, j’avance. Je commence à me rendre compte que je ne réussirai pas mon objectif de compléter sous la barre des 9h30. J’essaie de ne pas me miner le moral avec ça. Le positif, c’est que les km continuent de descendre. Mon niveau d’énergie est bon, mais les tendons et les pieds sont difficiles à gérer.

Dernier ravito, je mange, je bois, je remplie mes bouteilles (ça serait ben maudit de manquer d’eau sur les 5 derniers km quand même…). Je reste concentrée. Je visualise la fin. Les km descendent. Un moment donné je vois le panneau: 5km. Je commence à faire des mathématiques (dans 2 km, il va m’en rester 3) et ainsi de suite jusqu’à ce que je vois le panneau 2km. J’essayais fort de garder ma concentration et mon focus, de faire abstraction de mes pieds, des mes tendons, de la boue qui a fait un retour en force, de la fatigue, d’une grosse envie de brailler ma vie (WTF, tu brailleras en arrivant!!). Il a de plus en plus de gens, ils m’encouragent à ne pas lâcher (j’espère bâtard! Il reste 1,3km, c’est pas le temps de lâcher!). Ces gens là me donnent aussi le goût de pleurer comme une Madeleine. Je ravale, je continue, mes bâtons me sauvent littéralement la vie. J’y suis restée fermement accrochée jusqu’à la fin (le preuve? les ampoules que j’avais dans les pouces en finissant!).

J’entend finalement l’arrivée mais sans la voir. Et dans le tournant, un grand barbu, l’air d’un mannequin Jack and Jones qui m’attend, qui me dit de ne pas lâcher jusqu’à la fin (lire ici: mon chum m’attendait un peu avant la ligne d’arrivée). J’essuie la larme que j’ai sur la joue (ça fait mal maudit!), je ravale le reste, et AWEILLE JUSQU’À LA FIN MA POULE! Ma soeur et mon amie Élodie sont là, avec un collier hawaien, une hache en plastique et un trophée dans les mains en train de crier comme si il n’y avait pas de lendemain. Ma soeur fini les quelques mètres qui nous séparent de l’arrivée avec moi. Et finalement…. L’ARRIVÉE!

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J’ai repris mes esprits, probablement le lendemain. J’étais satisfaite, mais en même temps déçue. Je savais que la préparation y était, que la tête y était, mais je ne pouvais pas planifier les nausées, la boue (quoique j’aurais probablement pu réfléchir un peu plus longtemps) et les pieds. Mais un temps officiel de 9h59, ce n’était pas suffisant, j’aurais tellement aimé couper une heure… Ben crois moi, crois moi pas, j’ai pris soin d’aller vérifier mon temps officiel de l’an passé (que je n’avais jamais été regarder)… 11h01. BEN MAUDIT! J’ai finalement vraiment coupé 1h au chrono, malgré les conditions défavorables!!

Mais sais-tu ce qui m’impressionne le plus? Lundi, je suis allée marcher avec mon chien. Hier, mardi le 12 septembre, je suis allée m’entraîner. J’ai mal nul part, un peu raquée, mais c’est tout. Il s’agit probablement ici de ma plus grande fierté.   Photo 17-09-09 19 24 44

2 réflexions sur “Résumé de l’UTHC 65 km: une douce revenge

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