J’étais encore enceinte que j’ai décidé de me fixer de gros objectifs pour ma saison de course 2019. Je n’ai quand même pas poussé l’audace à m’inscrire pour aucune course, mais j’allais profiter de mon congé pour m’entraîner, courir, hiker, faire tout ça en solo et avec mon bébé… J’avais tout planifié, tout SAUF le bout où mon bébé ne ferait pas ses nuits à ce jour. Mais ça, on y reviendra.

C’est en juin que j’ai pris la décision de m’inscrire pour le 80km du Bromontultra. Mon plan initial était de prendre part au 80km de la Chute du Diable qui se tient à la fin du mois d’aout. J’ai eu peur de manquer de temps pour m’entraîner, alors j’ai jeté mon dévolu sur Bromont. Sachant que c’était une course difficile, j’ai fait ce qu’il fallait. J’ai trimé dur toute l’année en jonglant avec mon nouveau rôle de maman, mon entraînement, mon club de course… La bonne nouvelle, c’est que j’ai pu combiner tout cela.

J’ai participé au 65km de l’UTHC en préparation pour cette course. J’ai eu une super saison 2019 jusqu’ici, autant en entraînement qu’en course. Pas de blessure de la saison (sauf un petit mal de dos suite à une banale chute en mai, mais rien de trop grave). J’étais pleine de confiance, jusqu’à ce que les microbes nous tombent dessus. Mon bébé (qui ne dormait déjà pas trop avant) a eu un diagnostic de pneumonie, j’ai eu un solide rhume et mon chum aussi. Laisse moi te dire que des heures de sommeil il en a manqué. Des heures d’entraînement entre l’UTHC et le BU, il en a manqué. Je m’étais fait un beau plan de trucs à travailler… tout ça a pris le bord. L’affûtage a été foutrement plus long que prévu, mais tsé, ça, c’est la vie! Je ne me sentais plus autant en confiance, malgré tout le monde qui me disait que l’entraînement était fait et accompli et qu’il était trop tard pour stresser avec ça.

J’ai échafaudé un plan un peu abracadabrant pour pouvoir dormir les jours avant la course. Le bébé a dormi chez mes beaux parents le vendredi soir précédent la course, pendant que ma mère et moi on prenaient la direction de Sutton, où on avait loué un condo. J’ai dormi TOUTEEEEEE la nuit comme un chef. Youpi! Le reste de la famille (mon père, mon chum, mon bébé, mes soeurs, Laurence (la blonde de ma soeur) et même mon chien) est venu nous rejoindre dans la journée de samedi. Une visite au Korvette plus tard, je me suis laissée emballée par le maudit casse-tête de raton laveur, qui m’a fait me coucher tard (lire ici 20h30). Le cadran est à « on » pour 1h40 AM. C’est le réveil habituel qui a sonné en premier, soit à 1h20. J’allaite le bébé, le rendort puis le recouche, et c’est le temps de me préparer. Je doute encore de l’habillement (ça fait juste 2 semaine que je me questionne sur comment m’habiller)… Coudont, advienne que pourra!

Mes soeurs m’ont accompagnée au départ. La route a bien été, le nouvel album de Blink dans nos oreilles. Marc-André était là avec toute sa gang qui partait sur le 80km à relais à 3h45. Ton énergie me fait toujours du bien toi… J’étais assez zen, quoique probablement plus endormie et ralentie que zen. Mais dans tous les cas, je n’étais pas stressée. Après tout, j’allais juste courir plusieurs heures! Vers 3h15 on reçoit les dernières consignes d’avant course et j’ai à peine le temps de sortir que le départ est déjà lancé. Et c’est parti pour une des plus longues journées de ma vie!

****** Fait très drôle. J’ai le dossard numéro 911. Lorsque Gilles dit: vous avez le numéro d’urgence à contacter sur votre dossard, ma seule réflexion (et Dieu que je me suis trouvée drôle à 3h AM) aura été: bah moi j’en ai deux.******

Je suis le groupe à travers le centre équestre jusqu’à la rue, avant d’emprunter un beau sentier large. Pas de bouchon, c’est bien roulant, on aime ça. Je dépasse quelques personnes dans la première montée, qui est beaucoup moins difficile qu’anticipé. Ça va bien, la noirceur n’est pas si terrible comme nous sommes plusieurs coureurs collés et que j’ai les meilleures batteries dans ma frontale (MERCI CHANTAL!!!!!!!).

****** Je ne suis pas du type à me préparer ben ben avant une course, j’aime les surprises et de ne pas trop savoir à quoi m’attendre…… La veille, j’ai jasé avec mon pacer Raph et sa magnifique blonde Joëlle qui a participé à plusieurs reprises au 160km, elle a donc fait le parcours quelques fois mettons. Elle m’a donné des trucs pour le départ, j’aurais dû mieux retenir ses sages paroles. ******

La première montée… ce n’était pas vraiment la première montée. C’est pour ça que c’était « facile ». PARCE QUE CE N’ÉTAIT PAS LA RÉELLE PREMIÈRE MONTÉE… juste une petite mise en jambes avant de monter Bromont jusqu’en haut… avant de redescendre… ET DE REMONTER ENCORE. Ça se passait en majuscule aussi dans ma tête… le mode fun était à OFF sur un moyen temps. J’avais l’impression d’être dans une Spartan Race (et c’est pas pour rien que j’ai arrêté ça). J’ai déjà les jambes raides après la première descente. Je capote. J’ai quoi, 5km de fait? Et j’ai déjà mal aux pattes, ça s’annonce intéressant. Il n’y a rien de roulant dans la première section, ARIEN PENTOUTE. Les premiers 15km (qui nous mènent au premier ravito), sont dégeulasses. Mon esprit de fille fatigué capote pas. J’aime pas ça, j’ai même pas de fun. Je jase un peu avec quelqu’un qui connait l’endroit, qui trouve ça aussi dégeulasse que moi, mais qui a clairement plus de fun.

On est plusieurs à se suivre dans des sentiers étroits qui descendent en épingle, donc difficile de ralentir ou de me tasser. J’ai mes bâtons aussi (tsé, j’avais quand même pris la peine de m’informer sur leur nécessité ou pas!) ce qui rend la stratégie de nutrition et d’hydratation difficile. Ça commence à faire un bail que je suis partie et je n’ai toujours rien mangé. Il va falloir que je change de stratégie parce que je n’arriverai pas à la fin. Finalement, j’atteins le ravito P5 au km 15, celui de Éric et sa douce, vers 5h40. Il fait encore noir. Raph et Joëlle sont là, en plus de Ben qui crew ses potes toute la journée et qui pace Mel sur la fin du parcours. Leur présence fait du bien. La mort que j’avais dans la face se dissipe un peu. Le fait qu’ils soient présents, mais aussi les crêpes qu’il y avait au ravito m’ont encouragée à continuer avec un peu de sourire (les crêpes, nouvel item indispensable à mettre sur la liste!).

******Constat fait: c’est les pires 15km de toute ma vie je pense.******

Et c’est reparti, le bedon plein et les bouteilles remplies. Il fait encore noir. Mais ça avance. Oh quel bonheur de voir que ça avance. Et ça continue d’avancer. Et ça l’air beau en plus (mais il fait encore noir). On se dirige (par ce qui semble être un chemin de VTT) vers l’érablière. C’est là que j’ai vu le levé du soleil. WOW. WOW. WOW. T’as manqué quelque chose si tu n’étais pas présent à cet endroit et à cette heure là. On a eu tout un show. C’était magique, vraiment. Le piton fun était à ON, je pouvais courir malgré les pattes un peu lourde. Je jase avec quelques personnes, on s’encourage, ça progresse bien. J’ai finalement vu la personne avec qui j’ai jasé après la descente infernale, Jacques. Un doyen des ultras, nouveau grand-papa. Un modèle pour sa famille, j’en suis certaine (je veux être aussi en forme que toi à ton âge Jacques!!!!). Il m’a dit: la jeunesse va finir par me dépasser. Et je lui ai répondu que l’expérience valait probablement plus que la jeunesse. Ça s’est avéré vrai, Expérience 1-Jeunesse 0.

La photo ne rend tellement pas justice au véritable lever du soleil…

Jacques et moi on s’est suivi pas mal jusqu’au prochain ravito. Il m’a dépassé dans la section roulante dans le rang, il court clairement plus vite que moi. On s’est rejoint au ravito suivant, chez Bob, au km 35. La gang est encore là, Ben, Joëlle et Raph. Le moral est bon. Les jambes sont raides, mais ça va mieux qu’au P5.

Je repars pour un 11km. Ça commence à être plus difficile. On s’attaque à une section qui monte avant de retomber sur la route, un mixte de gravier et d’asphalte, avant de reprendre le bois. J’ai perdu Jacques la gazelle à ce moment là, mon pacer des 41 premiers km. Ma tête suit moyen malgré le fait que ça roule. Mes jambes sont lourdes. J’ai plusieurs moments de gorge serrée/yeux mouillés (va savoir pourquoi). C’est difficile de respirer sur le sens du monde quand t’as juste envie d’appeler ta mère pour qu’elle vienne de chercher, sur le bord d’éclater en sanglots. Anyway, c’est pas arrivé et surprise, ma mère était au ravito suivant, le P7. Ben, Raph, Fred (son estomac lui a joué des tours le pauvre, on aurait dû se voir juste à l’arrivée) et sa blonde, ma soeur Val et ma mère sont là. Un petit remonte moral (et une délicieuse pomme plus tard), je m’enligne sur encore 2 montées de la foutue montagne de ski de Bromont.

Je suis habituée de m’entraîner dans un centre de ski, je suis habituée à monter des pistes, à en descendre, mais jamais après 46km fudgee-o. C’est tough, mais ça avance quand même. Les 2 montées se font assez bien, mais c’est après que ça se gâte. OUFFFFFFF que mes jambes ont plus de fun. J’ai l’impression de ralentir considérablement. André et Sébastien (les potes de Ben) me dépassent. « Ça va, t’es pas blessée? » Ben non, je ne suis pas blessée, juste ben fatiguée, brûlée, pu de jambes et bientôt pu de fun. On est dans un sentier de vélo de montagne à ce moment. Malgré tout, j’arrive encore à courir. Je me fait dépasser, tout plein. Ça joue sur mon moral. Pas le fait de me faire dépasser à proprement dit, mais surtout le fait de sentir que je ralentie.

****** Je n’ai jamais pensé abandonné à proprement dit. À aucun moment je me suis dit: ok là j’arrête, malgré le fait que c’était difficile. Mon seul critère d’arrêt était que si je ne peux plus courir pour quelconque raison que ce soit, il était hors de question de prendre une marche de 30-25-20km….******

Je jase avec un gars qui en est lui aussi à son premier 80km. Drôle d’idée qu’on a eu. Mais on avançait pas mal au même rythme donc on a partagé quelques km. Je suis tombée par hasard sur une amie, Natasha… MERCI ma chérie, te voir m’a fait le plus grand bien. C’est sur ce chemin qu’on est arrivé au ravito surprise de Chantal. J’ai essayé de prendre quelques gorgées de Coke (j’ai jamais fait ça, et en ultra c’est le nec plus ultra des moyens de se restarté). Ça a effectivement bien fonctionné! Ça ravive pas mes jambes fatiguées, mais ça fait quand même la job! Aweille la mère, oublie pas pourquoi t’es là.

Je poursuis avec mon nouveau pote et devine sur qui je tombe? Gyslain, cette tête dure qui était sur le 160km, le dernier coureur sur le 160. Il n’a pas l’air fort, mais il avance tout de même, et je pense que la mort dans ma face est plus forte que la sienne. Ça m’a saisie, j’ai changé d’attitude à ce moment précis là. Si Gyslain peut encore enjoyer sa course malgré la fatigue (il est parti à 7h le samedi matin lui… il est rendu environ 12h30-1h le dimanche après-midi) et la douleur, je peux certainement faire pareille. On a partagé quelques minutes ensemble et je suis repartie vers l’avant, un peu plus requinquée qu’avant de le rencontre.

La section qui suit est pas facile dans les conditions. Des petites montées, pas très longues, mais assez plates pour me donner de la misère (nouvel épisode de gorge serrée, sérieux cesse avec tes émotions!). Je sais qu’il n’en reste pas si long avant le dernier ravito au Lac Gale, où Raph va venir courir les dernier 17km avec moi. Je suis fatiguée, physiquement mais surtout mentalement. J’ai croisé un monsieur qui m’annonce que je suis à 10 minutes des barrières horaires (QUOI!????). Il me dit de continuer à cet allure, que ça va aller, mais de ne pas marcher. Re-épisode de motton (grrrrrrrrrrr). J’ai pas travaillé si fort pour me faire couper à 17km de la fin maudit! Je serre les dents et je continue. Je dépasse des coureurs du 160km qui sont sur le pilote automatique pas mal. Mais j’avance. Et finalement, j’entends les gens, je vois les gens et bientôt je vois le ravito du Lac Gale.

TOUTE ma famille est là. Mon lapin est là, pas tout sourire, mais il se gère quand il voit maman. Ça m’a fait du bien de le voir. Le monsieur qui m’a pris mes bâtons et qui a rempli mes bouteilles avant de me faire 2-3 high five et de me renvoyer courir m’a fait rire. Câlin au bébé, manger, boire, et c’est déjà l’heure de repartir, mais cette fois là, accompagnée.

C’était après exactement 65km. Ma plus longue distance à ce jour. On entre en mode nouveauté. Le chemin avec Raph se fait tellement bien. C’est difficile, mais on court où c’est courable et on marche les montées (et les descentes plus abruptes). C’est difficile, mes jambes m’aiment vraiment plus, mais on continue d’avancer. Lentement mais surement. J’aurais tellement aimé être fraiche pour courir ces sentiers, que c’était beau!!!

Du Lac Gale à l’arrivée, on a jasé de tout et de rien, on a croisé Éric, ce gars inspirant que j’ai rencontré lors de Tout.Trail 2019 qui courant avec mon ami Marc-André et sa gang. On a jasé un peu, et il est reparti, parce qu’il était clairement plus frais que moi à ce stade ci de la course!

Et on sort du bois, et on entend l’arrivée (déjà!???). Je peux pas croire que je me suis dit ça… ben oui! Déjà! On fait le tour du petit lac sur un petit chemin de gravier.

****** « As tu décidé si tu allais brailler ou pas » C’est sur que je vais brailler Raph franchement…******

J’entends, je vois, mais je braille toujours pas… Bientôt, je vois mon chum avec mon bébé chien ❤ « Il est où Tom Tom chéri? » Là bas Marie… (je braillais encore pas, mais en écrivant cette ligne là, la fameuse larme a fini par couler).

Tom Tom, papa, maman, Val, Caro, Laurence… Raph prend mes bâtons, moi je prends mon bébé… J’avais imaginé une belle entrée où mon bébé marche (il marche pas vraiment encore, mais il y arrive avec un peu d’aide), mais lui s’en balance de mon plan. Il veut pas marcher. Ben coudonc! Dans mes bras alors mon lapin!! Toujours pas de larme, mais de la fierté. Une immense fierté. Et Marc-André qui est là, avec son grand sourire qui me fait un gros colleux comme si je ne venais pas de courir 11:46:59 et fait abstraction de mon linge mouillé.

Faike avec tout ça, je n’ai pas braillé. Sauf ce matin, en écrivant la fin. Ça a été difficile, vraiment difficile. Plus mentalement que physiquement. Tellement plus difficile mentalement que physiquement. Quand le corps commence à faiblir, la tête elle peut rester forte, doit rester forte. Et ma tête et moi on a un peu abandonné par moment. Mais on s’en est remis, et on a terminé. En courant. J’ai pas pris de marche de 25km finalement.

C’est avec une grande fierté mais surtout une bonne dose d’humilité que réalise que le défi que je me suis lancée avant mon congé de maternité est accompli. Courir mon premier 80km 10 mois après avoir accouchée…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s